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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 20:33

Voici une autre allégorie que j'ai écrite en 2006. Bonne lecture!

 

La chance des Maudits

 

          Dans un petit village du Québec, vivait une belle grande famille composée de quatre garçons et quatre filles tendrement aimés de leurs deux parents : la famille Maudits.

 

          Mme Maudits, infirmière de son métier, passait de nombreuses heures à l’hôpital à soigner les gens malades et, parfois même, certains membres de sa propre famille. Elle créait également de magnifiques sculptures qu’elle vendait afin arrondir les fins de mois. Il faut le préciser, Jessica Maudits était le pourvoyeur de sa famille, son mari étant devenu paraplégique à la suite d’un grave accident.

 

          Malgré son grand dévouement et son courage, la pauvre femme n’arrivait cependant pas toujours à trouver l’argent nécessaire pour nourrir tout son petit monde. Les 4 aînés devaient donc souvent faire de petits travaux pour les voisins, en échange de quelques dollars. Tous comprenaient bien la situation et collaboraient volontiers, sauf Pierre. Ce beau gaillard de dix-huit ans, à la chevelure de miel, se trouvait très malchanceux. En fait, il était persuadé que sa famille était la plus infortunée de la terre. sauvage

          Un jour que sa mère , à genoux, priait une fois de plus pour remercier le Créateur de leur chance, il explosa.

—J’en ai marre, maman, de t’entendre prier ce Dieu, qui ne nous envoie que des malédictions! C’est à tel point que les voisins croient que notre patronyme nous était prédestiné!

—Mais qu’est-ce qui te révolte tant, Pierre? s’étonna sa mère.

—Je ne vois pas pourquoi tu remercies le ciel après tous les malheurs qu’il nous a laissé tomber sur la tête. Quand je suis devenu aveugle, tu l’as remercié. Quand papa a eu son accident, tu l’as encore remercié. Puis la maison a joyeusement flambé…en plein mois de janvier alors qu’il faisait –40C avec les vents; nous sommes sortis dehors en pyjama et avons drôlement gelé avant que les secours arrivent! Encore une fois, tu as trouvé le moyen de remercier Dieu! Mais ça ne suffisait pas encore : il a fallu qu’il nous donne Philippe et Jimmy, les jumeaux siamois : ça a pris des heures au chirurgien pour les séparer et seul Jimmy a survécu. Voilà maintenant que tu nous apprends que tu ne pourras plus faire ton travail d’infirmière, parce tu as une blessure à la cheville qui ne guérit pas bien! J’en ai marre de toute cette merde! gronda-t-il.

 

Fort calme, madame Maudits se releva, s’assit près de son fils dont elle prit les mains et, un doux sourire étirant ses lèvres, elle dit :

—Vois-tu mon enfant, là où tu vois de la merde, je vois du fumier bon à faire pousser les fleurs.

  sauvage

Après un court silence pendant lequel Pierre se convainquit que sa pauvre mère souffrait sûrement de surmenage pour tenir de tels propos, Jessica ajouta :

—Lorsque ton regard s’est éteint, j’ai remercié Dieu de t’avoir laissé cette lumière du cœur qui guide tes mains lorsque tu sculptes de beaux animaux dans les pièces de bois les plus grossières. Un jour mon fils, tu deviendras un sculpteur célèbre. Quant à ton père, il est toujours vivant, a toute sa tête et ses deux bras, ce qui lui permet entre autres de superviser les plus jeunes dans leurs études. J’avoue qu’avec ma charge de travail, c’est une aide que j’apprécie beaucoup. Quant à ses deux grandes mains, elles savent bien me caresser, me réconforter et…préparer de bons petits plats!

 

Madame Maudits réfléchit un instant. Assommé, son fils essayait d’assimiler ce qu’il venait d’entendre.

—Quant au feu, ajouta-t-elle, il est bien vrai qu’il nous a laissés un peu dépourvus et grelottants sur le pavé. Mais grâce à Dieu, nous avons tous survécu. Te souviens-tu, ajouta-t-elle en riant, de la façon dont tu as guidé Francis et Anne-Sophie alors qu’ils traînaient ton père enroulé dans une couverture jusqu’à la sortie? Pierre l’éclaireur! D’ailleurs sans toi, aucun de nous n’aurait survécu; tu étais le seul à pouvoir te diriger dans toute cette fumée. Ce que j’ai pu bénir ta cécité cette nuit-là!

 

Pierre avait les yeux en boules de loto : jamais il n’avait perçu cette nuit éternelle qui était sienne comme une bénédiction!

—En ce qui concerne les jumeaux, il est bien certain que j’ai pleuré le départ de Philippe : c’était un enfant si mignon, si gentil. J’y étais bien attachée… Cela ne m’a pas empêchée de réaliser combien nous avions été chanceux de profiter de sa présence pendant six merveilleuses années. Jimmy et lui auraient pu s’éteindre à la naissance, tu sais… Quant à mon problème de santé, il me permettra indirectement de réaliser mon rêve : vivre de mon art et rester auprès des miens. Tu sais, j’aurai plus de temps à moi. De plus, parce que ma blessure fait suite à un accident de travail, finis les problèmes financiers : l’argent rentrera à la maison sans que j’aie besoin d’en sortir pour aller travailler! N’est-ce pas merveilleux?

 

Madame Maudits riait. Tête penchée, Pierre l’écoutait, songeur.

—Tu sais mon fils, dans la vie, tout peut toujours être mieux et tout peut toujours être pire. Je ne te dis pas de nier ta peine d’avoir perdu la vue, de voir ton père diminué, etc. Je te dis seulement que nous sommes bien chanceux d’avoir eu tant de malheurs…qui cachaient leur part de trésors. Réfléchis bien à ça.

 

Pierre réfléchit, réfléchit et…réfléchit encore. Pendant les années qui suivirent, il s’efforça de voir les côtés tant positifs que négatifs des événements. Avec le temps, cela lui demanda moins d’effort, devint presque une se seconde nature. La sérénité l’envahissait au même rythme que la neige du temps adoucissait sa chevelure. Et un jour arriva, où son propre fils s’écria : « J’en ai marre papa, de t’entendre prier ce Dieu qui ne nous envoie que des malédictions! ».

 

19 avr. 2006 (Plume Sauvage)

sauvage



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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 13:46

Voici une allégorie que j'ai écrite il y a quelques années et qui n'a jamais été publiée.

 

La quête

 

          Allison n’était pas une petite fille comme les autres. Oh! Elle avait bien leurs rêves, leurs cheveux longs, leur amour des animaux et, parfois, leurs éclats de rire.

                                                                             

          Ce qui différenciait cette fillette des autres, c’était la pauvreté de la terre sur laquelle elle grandissait, en compagnie de ses sœurs; une terre si aride, que peu de pommes d’amour y croissaient. Lorsqu’il en poussait enfin une, il fallait la partager avec ses sœurs cadettes, lesquelles recevaient la plus grande part, croissance oblige. Quant aux réconfortantes peluches dorées, qui sèchent les larmes et gomment les tracas, il ne fallait pas y penser : on n’en voyait même pas les graines! 

 

          Allison grandit donc avec un grand creux à l’estomac et au cœur : elle ne trouvait jamais suffisamment de pommes d’amour pour anéantir sa faim. Quant aux peluches dorées, elle avait dû se contenter de s’en créer une image apaisante, bâtie à partir de la description qu’en avaient faite certaines petites villageoises plus fortunées.

  sauvage.jpg

          Des années de bouchées de pommes et de faux nounours plus tard, la trentaine sonnée, Alisson était toujours aussi affamée. Elle avait pourtant beaucoup voyagé, foulé des terres riches et fertiles, dégusté des fruits mûrs et juteux achetés à des cultivateurs expérimentés et dont les terres étaient riches. Elle en avait même abusé, sans parvenir à calmer sa faim dévorante. Quant aux réconfortants toutous, elle en rêvait la nuit comme le jour. Sa vie était une quête constante et…un enfer.

 

          Tout au fond de son enfer, des nuits et des années durant, Allison rêva d’une gentille fée qui, sans jamais se lasser, semait des graines de pommes en souriant.  Cette scène avait quelque chose d’apaisant, de magique…

 

          Un jour, comme on s’éveille d’un long cauchemar, lasse de sa quête interminable, Allison décida enfin de s’établir dans une petite ville et d’y semer, à l’instar de la fée, dans la cour arrière de sa maison, une semence de  pommes d’amour. Celle-ci provenait d’un fruit qu’elle avait tout juste goûté étant enfant, avant qu’il ne soit dévoré par ses sœurs. Mais elle en avait heureusement récupéré une graine. Une seule. Et faute d’avoir réussi à se procurer des semences de peluches dorées, elle sema sa graine de pomme. Elle avait bien peu d’expérience de ce genre de culture et ne savait donc pas trop à quels résultats s’attendre. Elle n’ignorait cependant pas que, contrairement aux pommes régulières, cette variété poussait directement au sol et non dans un arbre.

 

Après une année de soins attentifs, elle obtint tout de même une pomme, laquelle contenait des centaines de petites graines rouges. Oh! Le fruit était bien un peu tordu, avait  la peau rugueuse et curieusement grisâtre. Mais il était sucré et ne laissait pas d’arrière-goût amer dans la bouche, comme ceux qu’elle avait jadis mangés. De plus, il rassasiait vraiment.

         

          Forte de ces résultats inespérés, elle décida de semer toutes les graines contenues dans le cœur de sa pomme. En les prenant entre ses doigts, elle constata qu’une d’entre elles se brisait, laissant apparaître un petit grain doré.  Intriguée, elle dispersa tout de même toutes les précieuses semences sur le sol, les recouvrit de terre et les arrosa. Immédiatement, le sol se souleva à l’endroit où elle avait semé la graine dorée, formant un petit monticule.

  sauvage

          Le cœur battant la chamade, sachant intuitivement qu’une chose extraordinaire venait de se produire, Allison creusa la terre. D’abord lentement, puis avec frénésie, car elle venait d’apercevoir, dépassant de la terre humide…une oreille en peluche! Elle la saisit, tira, s’arc-bouta et arracha finalement son trésor à la généreuse terre noire : un nounours! C’était le plus beau et réconfortant nounours qu’elle n’ait jamais vu. Il lui manquait pourtant un œil. De plus, il était mal cousu au cou et avait donc perdu un peu de bourre. Il n’avait de la fourrure qu’aux oreilles, le reste de son corps étant fait d’un coton rose et bleu.

 

          Allison savait cependant qu’elle tenait là sa peluche dorée. Un nounours différent des autres, sa peluche d’amour de soi. Elle comprit qu’elle n’aurait plus à quêter des pommes d’amour aux gens qu’elle côtoyait, tant qu’elle en cultiverait par elle-même, dans son propre jardin. Ce qui ne l’empêcherait pas de partager ses fruits avec eux et d’accepter ceux qu’ils lui offriraient de bon coeur. Quant aux réconfortantes peluches dorées, les bras serrés autour de son ours de coton né de l’amour qu’elle avait cultivé pour elle-même, elle n’en sentait plus le besoin : lui seul suffisait à son bonheur.

 

          Heureuse, la jeune femme décida de parcourir le monde afin de faire partager sa découverte à tous ces malheureux qui étaient encore en quête de pommes d’amour et de peluches dorées.

 

 

Sujet traité : Apprendre à prendre soin de soi et à trouver les moyens de répondre à ses propres besoins, particulièrement à la suite d’une  d’une épreuve ou lorsqu'un "manque" se fait sentir.

 

Réflexion : « Oui, j’ai vécu des difficultés par le passé. Qu’est-ce que je fais avec ça maintenant ? »  sauvage

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Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 00:31

Je dois à une amie qui sait écouter ce texte que j'ai écrit après son départ. Merci à toi, Chantale!

 

Entre nous une mer

ma mère, maman

entre nous le silence, 

ma mère m'attend.

 

M'attend ma mère

triste et fière

m'attend en souffrant

sous le silence pesant

 

Pesants, écrasants

ses pleurs chantent

pesants, écrasants

mélancolique mélodie

 

Mélodie mélancolique

que rien ne sait taire

mélodie inharmonique

mon coeur fait fausser

 

Fausser, emprisonner

de fausses notes

fausser, sans le casser

de son lourd trop plein

 

Ma mère, maman

pleure en vain

ma mère, maman

que toujours j'ai aimée

 

Ma mère, maman

vas-tu te taire

ma mère, souris

souris et...revis!

 

14 septembre 2011

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Vendredi 13 août 2010 5 13 /08 /Août /2010 14:29

Parfois, ce qui manque à notre bonheur, c'est celui de ceux qu'on aime... (Plume Sauvage)

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Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /Juin /2010 23:51

Atteinte du syndrôme de la page blanche, je n'ai pas publié grand chose dernièrement. Mais ce texte ayant fait rigoler pas mal de monde dans mon entourage, j'ai pensé vous en faire profiter. Bonne lecture!

Steak transformé en mongolfière!

J'ai passé mon lavement baryté ce matin. Ça a bien été dans l'ensemble, mais ça a été trèèèèèèèès looooooooong!

On m'a fait enfiler l'élégante jaquette bleu dans le pur style hospitalier, puis on m'a installée sur la table d'examen. Et là, l'attente a commencé : 40 minutes à attendre le médecin chargé de l'examen! En effet, madame était pendue au téléphone (j'espère que c'était vraiment important...ou son interlocuteur particulièrement beau!).

Et puis, l'examen a débuté! Quel plaisir! Que de jouissance!

On nous emplit l'intestin d'un liquide blanchâtre semblable à de la craie liquide et on nous souffle de l'air dans le bedon. Et là, tourne d'un bord, tourne de l'autre...retourne! Une question nous vient à l'esprit : "Suis-je bien dorée de tous les côtés, là?!" Et ça recommence : on dit au steak (vous!), de se tourner à nouveau!!! Puis, on fait basculer la table à la verticale, question d'éprouver le sens de l'équilibre du "steak minute".

Bon! L'examen est fini! Et c'est...la course aux toilettes! Là, sur le pas de la porte, vous vous contorsionnez pendant que la technicienne vous donne ses dernières directives (hé, ma belle, tu vois pas que j'ai une envie PRESSANTE!!!). Enfin, elle vous laisse à votre nouvelle et passionnante occupation : vous vous asseyez sur le trône et vômissez (ben oui, par en bas!!!) cette craie et cet air dont on vous a farcie.

Près de 15 minutes plus tard, des litres de craie en moins, et des gets d'air plus tard, vous vous levez enfin et allez vous rhabiller. Et là, surprise! Votre bermuda, parfaitement à votre taille à votre arrivée à l'hôpital, ne vous va plus! Il a curieusement "rétréci" pendant votre examen!!! Vous l'enfilez tant bien que mal, le laissez entrouvert faute de pouvoir faire mieux et ...tirez sur votre t-shirt afin de le descendre sur le bermuda récalcitant.

Et le steak-patient, transformé en mongolfière par la magie de la médecine, prend le chemin de la maison en laissant de temps à autre échapper un surplus d'air!

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Mercredi 2 juin 2010 3 02 /06 /Juin /2010 01:10

Bien qu'on associe habituellement la poésie aux écrits, je considère que l'image peut également être poétique.

Les mots me restant obstinément coincés au fond de la gorge, je me tourne donc vers la photo, pour un petit moment. Vous êtes donc conviés au visionnement de mon album photo...au moment qui vous sied le mieux!

Soyez indulgents envers la modeste amateure que je suis, qui n'a pas pratiqué son art depuis un petit moment. De plus, j'en suis actuellement à tester les différents réglages de mon nouvel appareil. Mes images devraient donc s'améliorer au fil des jours.

A gauche de chaque photo, il y a un petit "f" bleu et à côté "j'aime" : n'hésitez pas à cliquer sur "j'aime" chaque fois qu'une de mes photos vous plaît; ça m'encouragera à m'améliorer!

Le joli chaton "pur bâtard" appartient à mon fils. Je l'appelle humoristiquement "mon petit-fils"!

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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 13:57

Je rouille aux pentures

Mère nature

Je suis pleine de tavelures

C’est la déconfiture

 

Je rouille, mère nature

Je vous le dis, je fais dur

J’ignore pourquoi je m’endure

Là, je frappe un mur

 

Je perds mes cheveu

Des poils les remplacent à qui mieux mieux

Un bedon m’a poussé sous eux

Je vous le dis, un maudit beau pneu

 

Ma pression prend l’ascenseur

Monte, descend, me fait de ces peurs

Soit j’ai des palpitations au cœur

Soit je descend au plancher, j’ai peur

 

Je suis dos au mur

Mère nature

Enlevez-moi mes tavelures

Rendez-moi ma jeune allure

 (Plume Sauvage 8 avril 2010)

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Samedi 27 mars 2010 6 27 /03 /Mars /2010 22:57

Il y a quelques années, frustrée par une désagréable expérience à l'hôpital, j'ai pondu ce texte...pour mon plus grand plaisir et le vôtre, j'espère!

 

Ragoût de boulettes hospitalières

 

Ingrédients :

5 incompétents (tes) emballés individuellement

un au : « Je ne comprends pas comment il se fait que… »,

un autre au : « Marie, est-ce nous qui? »,

un à saveur écoeurante : « Oh, non, madame, nous ne … »,

un au jus d’ignorance: « je ne sais pas madame… » et

un petit dernier au : « Il ne fallait pas que je vous appelle, madame ».

 

25 minutes de votre précieux temps

Un zeste d’écoeurantite hospitalière

2 c à soupe de J’en ai marre

Un kilo d’élancements jambiers

Un énorme ras-le-bol

 

Vous allez rencontrer le premier ingrédient, lequel affirme d’une voix hésitante, ne pas savoir comment il se fait que l’anesthésiste n’ait pas reçu le rapport du TACO . Il le lui a soi-disant faxé avec la recommandation de traitement… Sauf que, curieusement, il vous sort tout ça, sans toutefois oser soutenir votre regard.

 

Vous prenez la paperasse qu’il vous tend et, en bonne patiente obéissante, allez la porter au département de radiologie, comme vous l’a dit votre médecin. Après 5 minutes de poireautage (ben oui! C’est vous qui faites le légume en attendant l’ascenseur!), vous tendez enfin votre paperasse à la réceptionniste. C’est à ce moment que s’ajoute dans le ras-le-bol de votre journée, le deuxième ingrédient de votre recette. En effet, la femme ouvre la bouche et s’écrie : « Marie, est-ce nous qui prenons les inscriptions pour les infiltrations dans la colonne lombaire? ». « Non, répond, Marie. Envoie-Là s’inscrire au 6ième »

 

Vous, la curieusement baptisée "Là", soupirez, empochez les feuillets et, toujours obéissante, vous dirigez de votre élégante démarche claudicante vers l’ascenseur qui vous mènera au 6ième. L’Ascenseur Curieux, le bien nommé, ayant décidé de faire le tour des étages, vous rongez votre frein cinq autres minutes. Quand vous parvenez enfin au 6ième, vous vous dirigez gaiement vers le comptoir croyant naïvement votre périple arrivé à son terme : « Bonjour madame! Je viens m’inscrire pour une infiltration . »

 

Le troisième ingrédient vous regarde d’un air ahuri : « Oh non, madame! Nous ne prenons pas les inscriptions, ici . » Votre bonne humeur s’égrène entre deux grincements de dents : « Grr… C’est qu’on m’a dit de venir ici, grrr! ». L’ingrédient (ou "ingrédiente", car il s'agit encore d'un ingrédient féminin) vous pond un sourire de vendeur de salade, saisit le téléphone et tapote rapidement les touches du téléphone (elle sent votre ras-le-bol sur le point de déborder…). Au bout de quelques minutes à peine, elle vous offre à nouveau son sourire de vendeur de salade (fanée!) : « Vous allez redescendre au RC, parcourir le corridor (elle dit ça comme s’il s’agissait d’une gentille marche de santé), reprendre l’ascenseur qui vous a conduite en radiologie (au 1er) et vous rendre au 5ième étage. Rendue là, vous n’aurez plus qu’à aller au guichet no.3. »

 

Sur le bord de faire une indigestion de sourires à la salade fanée, vous vous sauvez prestement. L’ascenseur et votre gracieuse démarche vous amènent enfin à bon port. Vous vous approchez du comptoir : « Je suis venue m’inscrire pour une infiltration. Mais comme j’ai déjà attendu 3 mois pour me faire finalement retourner chez moi sans le moindre traitement, j’ose espérer que je ne recommence pas de zéro et ne devrai pas attendre à nouveau 3 mois! » L’incompétente au jus d’ignorance vous jette alors d’un ton négligent : « Je ne sais pas madame… ».

 

Un zeste d’écoeurantite hospitalière, 2 cuillères à soupe de J’en ai marre et un kilo d’élancements jambiers s’ajoutent à vos bouillonnements intérieurs. Vous essayez de répliquer, mais votre mâchoire d’enragée est au garde-à-vous militaire : vous n’arrivez à bégayer qu’un claquement de dents. Cramponnée à votre zeste ainsi qu’à vos cuillers, vous galopez vers la sortie de l’hôpital. Un rapide coup d’œil à votre montre vous stoppe brutalement, augmentant du coup la température de votre bouillon : vous avez perdu 25 minutes de votre précieux temps en chasse à l’inscription et…manqué votre bus! Grrrrrrrrrr! Grrrrrrr!

 

Quarante-cinq minutes plus tard, vous voilà enfin chez vous! Du coup, le mijotement de votre bouillon diminue grandement. Vous enlevez votre manteau, vous apprêtez à le suspendre au cintre : le téléphone sonne. Vous décrochez : bonne nouvelle, c’est l’infirmière qui appelle pour entamer la procédure d’inscription pour votre traitement. Elle vous demande des renseignements, que vous vous empressez de fournir. Enfin satisfaite, elle s’apprête à raccrocher, lorsque vous vous hasardez à demander : « Comme j’ai déjà été sur la liste d’attente et que l’anesthésiste m’a même fait venir à l’hôpital pour le traitement…que je n’ai pas reçu, vais-je devoir attendre encore plusieurs mois ou vais-je passer plus rapidement? »

 

Silence sur la ligne! Puis le cinquième ingrédient se jette dans votre bouillon dans un splash retentissant : « Il ne fallait pas que je vous appelle, madame ! Ceci fait en sorte qu’on repart de zéro. » Et vous, prise de débordants bouillonnements intérieurs, vous répliquez sur un ton un zeste acide : « Pourtant, j’ai averti la secrétaire lorsque j’ai été porter mes papiers… Elle le savait, que j’avais déjà été sur la liste!» Et le cinquième ingrédient de répondre : « Ha, je vais faire mon possible pour régler ça, madame, mais je ne peux rien vous promettre. »

 

Vous déposez (brutalement) le combiné sur son support, et allez vaquer à vos occupations, dans… un grand débordement de bouillon. Voilà! Votre recette est terminée! Facile, hein!

 (Plume Sauvage)

 

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